Résumé | Débat | La stratégie globale pour l’Europe: une approche fédéraliste?

Le mardi 27 Septembre 2016, PubAffairs Bruxelles organisait une soirée de discussion autour de la stratégie globale pour l’Europe lancée dans le cadre du sommet européen de juin 2016 par la Haute Représentante de l’UE Federica Mogherini. Participaient au débat M. Alfredo Conte, Chef de Division, Service d’Action Extérieur de l’Union européenne (SEAE), M.Cristian Preda, Député européen membre de la Commission des affaires étrangères et Vice-président de la Sous-commission droits de l’homme, M. Vivien Pertusot, Responsable de l’Institut français des relations internationales (IFRI- Bruxelles) et M. Paul Frix, ancien Diplomate et Vice-président de la section belge de l’Union des Fédéralistes Européens. Le débat était modéré par Monica Frassoni, Présidente du Centre Européen d’Appui Electoral.

Monica Frassoni a présenté les intervenants et leur a demandé de répondre dans un premier temps à la question posée par les organisateurs de la soirée, à savoir si la stratégie globale pour une politique étrangère peut avoir un effet fédérateur dans une Union qui doit actuellement relever plusieurs défis à l’intérieur de ses frontières et au-delà.

Invité à prendre en premier la parole, Alfredo Conte a déclaré que la stratégie peut aider à fédérer l’UE ou du moins favoriser la cohérence des politiques européennes y compris celles des Etats-membres. Le représentant du SEAE a souligné que le document est le fruit d’une consultation ouverte et multipolaire avec notamment les États Membres, la Commission, la société civile et le monde universitaire. Selon lui, le défi est maintenant de mettre en œuvre la stratégie dans un même esprit de dialogue et de parvenir à des réalisations concrètes, qui puissent être appréciées par les citoyens.
Cristian Preda a commencé son intervention en rappelant la crédibilité dont bénéficie l’Union européenne en matière de droits de l’homme et que peu d’autres régimes associait comme le fait l’Union affaires étrangères et droits de l’homme. Il a ensuite déclaré que le choix de la Haute Représentante de publier la stratégie globale dans le contexte du Brexit montre sa détermination et son courage, mais que cet acte, bien que courageux, ne pourrait pas être fructueux dans le court terme car la stratégie a l’ambition de faire de la politique de sécurité et de défense une prérogative de l’Union. Selon Monsieur Preda, cette ambition exige une Commission forte et décidée. Toutefois, le député a aussi remarqué que, au cours de  ces dernières années, la Commission européenne a notamment été affaiblie par  la prédominance du Conseil dans le système décisionnelle de l’Ue.  
Vivien Pertusot est revenu sur l’idée que la stratégie reste un document directeur dont les priorités ne sont pas encore étayées par des moyens et des actions, éléments qui seront défini au travers des feuilles de routes et plans d’action. D’après l’orateur, Il est donc difficile d’affirmer si elle aura ou non un effet fédérateur car plusieurs points sont à retenir. D’une part, contrairement à la stratégie européenne de sécurité présentée en décembre 2003 par Javier Solana, la stratégie globale établit le principe que la politique extérieure doit premièrement servir à la sécurité des Européens avant de projeter ses valeurs à l’étranger. D’autre part, il s’est opéré un changement sémantique vis-à-vis du voisinage, le concept de bonne gouvernance ayant été remplacé par celui de résilience. Enfin, si la politique de sécurité et de défense commune est le premier axe de travail et fait l’objet de nombreuses discussions, elle ne sera pas, selon lui, ambitieuse.
Paul Frix a lui aussi insisté sur le fait qu’il est indispensable de mettre en œuvre des mécanismes et des moyens concrets afin que la stratégie globale permette de progresser vers un fédéralisme et de dépasser le stade du simple discours. L’ancien diplomate a ensuite affirmé sa conviction que l’UE ne peut pas échapper au fédéralisme et qu’il s’agit de réfléchir sur le type de fédération qu’il conviendrait de mettre en place et de définir notamment une grille de subsidiarité.

Un deuxième sujet de discussion portait sur le futur de l’Union européenne dans un contexte marqué par le résultat du referendum au Royaume Uni.

Alfredo Conte a souligné qu’un des défis à relever pour donner un nouveau souffle aux politiques européennes était de faire le lien entre la dimension intérieure et la dimension extérieure des politiques. Toute une série de politiques, notamment les politiques agricole ou commerciale, ont un effet externe et cette interdépendance doit être prise en compte. Cristian Preda a, lui, mis en avant le rapport existant entre le Brexit et la politique européenne de voisinage. Selon le député, favoriser l’élargissement de l’Union européenne dans les pays des Balkans occidentaux devrait être une des principales réponses au Brexit. Il ne s’agit pas d’instaurer une Europe à géométrie variable mais bien plutôt de réaliser un nouvel élargissement. Selon Vivien Pertusot, le départ du Royaume-Uni permettra à l’Union européenne d’approfondir le débat sur les thèmes de sécurité et de défense. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à ce que soient arrêtés des objectifs très ambitieux dans le court terme. Une logique réaliste prévaut et apparaît notamment dans le dessein de la politique de voisinage, qui fait partie de la stratégie globale et qui est basée sur un schéma de cercles concentriques construit d’une manière logique par rapport aux capacités de l’Union.

Un autre point de discussion portait sur les défis contemporains posés par le poids croissant des nationalismes dans les États membres, par l’absence d’une communication appropriée et par une désaffection des citoyens.

Paul Frix a déclaré que l’Europe ne faisait plus rêver les citoyens tout remarquant que, pour ce faire, il faudrait qu’elle soit capable de prendre des décisions essentielles. Si la bonne gouvernance peut être définie comme la capacité de s’organiser pour avoir des résultats, alors, explique-t-il, l’Europe n’est pas gouvernée selon ce principe. Selon lui, il faudrait qu’un petit nombre de pays forment un noyau qui puisse prendre des décisions décisives et progresser vers une intégration plus profonde. Vivien Pertusot est intervenu en formulant une question: comment aimer quelque chose de très complexe comme, par exemple le domaine de la politique extérieure? Selon lui, le fait que l’Europe soit critiquée est positif et un juste retour car on lui a permis de se distancer du citoyen. Il faut donc créer un espace de discussion, au niveau national surtout et dans un premier temps. Enfin, fait-il remarquer, si les États membres ont des visions et des attentes très différentes de l’UE, il ne faut pas perdre de vue que tous veulent faire partie du projet et que personne ne voudra être exclu d’une politique commune quelle qu’elle soit. Cristian Preda a rappelé que l’espoir et l’optimisme étaient des ingrédients nécessaires à l’existence et au développement de l’Union. De plus, il a expliqué que le marasme ambiant affecte tous les groupes politiques y compris  les députés pro-européens qui critiquent beaucoup l’action de l’Union et que cette critique peut être mal interprétée par les citoyens. Le député s’est aussi prononcé contre un modèle d’intégration à cercles concentriques. Alfredo Conte a souligné le danger que représente l’idée répandue selon laquelle on pouvait se passer des institutions, idée à laquelle s’attaque la stratégie globale en rappelant le rôle critique des institutions européennes, la place majeur de l’Europe sur la scène internationale et ce qu’elle a fait pour les européens et le reste du monde. Selon lui, dans un tel contexte, impliquer davantage les citoyens via notamment les associations de la société civile est nécessaire même si compliqué. Ceci demande sans doute une adaptation des formats et méthodes de dialogue traditionnels.

Parmi les autres thèmes abordés durant le débat et la session questions-réponses figuraient: le besoin d’éduquer les citoyens sur des thèmes complexes comme la politique extérieure, le niveau du budget européen et l’implication de la société civile dans le processus de prise de décisions.

Voulez-vous approfondir les questions abordées lors de notre débat? Consultez les publications et références répertoriées ci-dessous

Stratégie Globale de l’Union Européenne, Service d’Action Extérieur de l’Union européenne (SEAE)

Avant-propos de Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Mogherini tente de doter l’UE d’une vraie politique internationale, Euractiv.fr

La stratégie globale de l’Union européenne en trois citations, European Council on Foreign Relations

La stratégie globale de l’UE : plus importante qu’il n’y parait après le Brexit, Bruxelles2

Vers une armée européenne? L’Otan et l’UE calment les inquiétudes britanniques, RTBF.be

L’Allemagne veut sa propre armée européenne : Bruxelles et l’OTAN face à une nouvelle crise, RT.com

L’idée d’une armée européenne fait son chemin en Europe centrale, Le monde

De la Stratégie Globale de sécurité aux Conclusions du Conseil. Le double jeu de l’Ue, EU-Logos Athéna

La politique étrangère européenne : quel bilan? Toutel’Europe.eu