Résumé | Débat | Quel futur pour l’efficacité énergétique dans le cadre des politiques en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2020 et 2030?

Le mardi 7 Octobre, dans les locaux de Science14 Atrium à Bruxelles, PubAffairs Bruxelles organisait un débat sur le futur de l’efficacité énergétique dans le cadre des politiques en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2020 et 2030. L’événement était modéré par Hughes Belin, journaliste et co-fondateur de l’Energy Post, et participaient à titre d’orateurs M. Paul Hodson, Chef de l’unité chargée de l’efficacité énergétique à la DG Énergie, Mme Heidi Hautala, Député européen, Groupe des Verts-Alliance libre européenne/FI, et M. Christophe Février, Président et Fondateur de GEO PLC

En guise d’introduction, Hughes Belin a présenté les orateurs et leur a demandé de répondre brièvement à la question préalable, énoncée comme suit : «l’efficacité énergétique joue-t-elle un rôle central dans les politiques de l’Union européenne relatives à l’énergie et au climat?». Il a ensuite soumis cette même question aux membres de l’auditoire en leur demandant de répondre par oui ou par non. Le débat proprement dit a ensuite débuté, et a été suivi d’une session de question/réponse. Enfin, avant de clôturer le débat, le modérateur a à nouveau sondé l’auditoire.

Interrogé pour la première fois, le public a répondu de manière positive à la question posée.

Invité à prendre en premier la parole, M. Hodson a remarqué que, même si l’on observe toujours un clivage entre les objectifs posés par l’Union européenne et les résultats effectivement obtenus, dans son ensemble, l’UE a réussi à diminuer la consommation énergétique d’environ dix neuf pour cent dans le cadre des objectifs fixés pour 2020. Fortes de ces résultats encourageants, les institutions européennes ont décidé de continuer dans cette voie en donnant encore plus d’importance à la question de l’efficacité énergétique dans le cadre 2030. Mme Hautala a débuté son intervention en affirmant que l’efficacité énergétique doit jouer un rôle encore plus central dans les politiques relatives à l’énergie et au climat de l’UE. Selon elle, l’approche à adopter envers la question de l’efficacité énergétique doit être globale, l’utilisation efficace de l’énergie étant l’un des enjeux les plus importants de la lutte contre le changement climatique. Elle a également mis l’accent sur l’importance de la problématique de l’efficacité énergétique dans le cadre des politiques touchant au développement. Enfin, Mme Hautala a souligné l’importance du rôle de l’ONU dans le processus de transition vers une économie à faible émission de CO2.  M. Février a ensuite pris la parole en rappelant tout d’abord le rôle moteur qu’ont joué les institutions européennes sur la question de l’efficacité énergétique, particulièrement dans des contextes nationaux caractérisés par un manque d’influence des acteurs économiques de ce secteur. Il a ensuite énoncé les principaux bénéfices d’une optimisation de la consommation d’énergie, pour les entreprises et les citoyens, et, plus généralement, de la transformation du modèle courant de production et de consommation énergétique.

M. Hodson a, de son côté, rappelé les bases conceptuelles de l’action de l’UE, action notamment encadrée par les stratégies et les objectifs 2020 et 2030 en matière de climat et d’énergie. Il a expliqué qu’en 2007 la Commission européenne avait entrepris d’évaluer la consommation d’énergie primaire pour l’année 2020, et, sur la base de ces estimations, avait établi l’objectif de réduction de consommation d’énergie à vingt pour cent pour l’année 2020. La même méthode avait été utilisée pour déterminer le seuil minimal de réduction de trente pour cent pour l’année 2030, à la différence que, cette fois-ci, la projection était basée sur l’hypothèse selon laquelle la consommation énergétique n’augmenterait pas entre 2020 et 2030. Cela équivalait selon lui à ajouter dix pour cent à l’objectif de réduction. En conclusion, M. Hodson a souligné que les objectifs fixés par l’UE ne manquent pas d’ambition. Mme Hautala a, quant à elle, abordé la question des stratégies sur le long terme en soulignant le rôle crucial des dispositifs de mise en œuvre au travers desquels les objectifs d’efficacité énergétique, ainsi que ceux de réduction des gaz à effet de serre, peuvent être atteints. Elle a ensuite déploré le manque de pouvoir de l’UE en matière de fiscalité qui rend plus difficile la transition vers une économie plus durable. Elle a poursuivi en remarquant qu’une taxe sur les émissions carbones serait un des instruments les plus efficaces, non seulement pour réduire les émissions, mais aussi pour accroitre la production d’énergie renouvelable, comme de nombreux spécialistes l’ont déjà relevé. Mme Hautala s’est enfin déclarée favorable au projet d’Union énergétique européenne, estimant que le projet était une des priorités de l’UE les plus pressantes. M. Février a souligné que la réduction de la consommation d’énergie ces dernières années est en grande partie due à la crise économique. Selon lui, il s’agit de changer la façon dont est conçue la politique énergétique et la politique extérieure en la matière, le contexte actuel tendant à favoriser les économies de rente et le cadre géopolitique ne permettant pas une transition vers un modèle de développement plus durable et plus respectueux des droits de l’homme. Contrairement à ce que l’on peut observer dans d’autres parties du globe, la croissance économique européenne devrait être fondée sur des projets qui tiennent compte de la soutenabilité environnementale et sociale en matière de consommation d’énergie.

Le débat a, par la suite, principalement porté sur les difficultés de mise en œuvre des politiques d’efficacité énergétique. Avant d’aborder cette question, M. Hodson a tenu à exprimer son désaccord envers l’idée selon laquelle la baisse de consommation enregistrée ces dernières années serait due principalement à la crise économique, expliquant notamment que cette tendance à la baisse avait commencé en 2005, avant l’explosion de la crise, et que seul un tiers de la réduction totale de la consommation lui était imputable. Sur la question de la mise en œuvre, M. Hodson a affirmé que, même si les difficultés des États membres à transposer la directive sont bien réelles, le système européen est sur la bonne voie. La majorité des États membres est en retard dans la mise en œuvre de la directive, l’opération s’avérant compliquée. Il a également fait remarquer que si la Commission porte souvent les États membres devant la Cour de justice de l’UE, il s’agissant plutôt ici de travailler avec les États membres pour les aider a créer les conditions et établir les mécanismes permettant d’engendrer des résultats satisfaisants. Sur ce point, Mme Hautala a à nouveau souligné l’importance de se doter d’instruments permettant une mise en œuvre efficace de la politique d’efficacité énergétique, tels que l’introduction d’une obligation de réalisation et d’un système de certificats, ainsi que l’adoption d’une taxe au niveau européen pour financer la transition vers une production et une utilisation de l’énergie durable. M. Février a, quant à lui, affirmé que tout instrument favorisant les économies d’énergie ne doit pas seulement être obligatoire pour être efficace, mais aussi engager la participation et la responsabilité des citoyens. Selon lui, dans les social-démocraties qui composent l’Union européenne, c’est surtout la classe moyenne qui devrait pouvoir profiter des mécanismes d’efficacité énergétique, y compris des dispositifs financiers, même s’il est aussi possible de trouver des moyens pour aider la partie de la population la plus défavorisée économiquement. M. Février a enfin souligné l’importance de la rénovation urbaine, d’un système de financement approprié pour l’économie verte, ainsi que l’opportunité d’une campagne d’information et d’éducation.

La question du financement des projets d’efficacité énergétique a également fait l’objet de discussions. Selon Mme Hautala, la nouvelle Commission européenne devra se confronter à la question du financement. Elle a rappelé que, lors de son audition, Mme Georgieva, la Commissaire désignée pour le budget et les ressources humaines, avait mis l’accent sur les solutions à bénéfices multiples et gagnant-gagnant. Enfin, Mme Hautala a souligné l’importance des fond régionaux de l’UE et de l’innovation. Exprimant son accord avec Mme Hautala, M. Hodson a rappelé que, lorsqu’il a été demandé aux États membres de financer à hauteur de trois milliards d’euros les projets relatifs à l’efficacité énergétique, soit une infime partie des fonds régionaux, ces derniers ont déclaré vouloir dépenser plus, ce qui témoigne d’une bonne collaboration entre la Commission et les États membres afin d’assurer une mise en œuvre optimale des politiques d’efficacité énergétique. M. Hodson a également fait remarquer que résoudre la question du financement européen permettrait de catalyser et de faciliter les investissements privés. M. Février a déclaré que, si le volet financement était bien une problématique majeure, le système financier actuel ne favorisait pas l’investissement dans les projets d’efficacité énergétique, les institutions financières préférant financer le crédit à la consommation. Il a également souligné que la législation actuelle interdit aux prestataires de services d’offrir une quelconque aide financière, et que la “finance verte” devait jouer dans ce dossier un rôle majeur.

Parmi les questions abordées durant la dernière partie du débat et la session question-réponse figuraient: les certificats d’économie d’énergie, les politiques macroéconomiques soutenables, le lobbying dans le secteur de l’énergie au niveau national et européen, la question de l’efficacité énergétique dans le secteur des transports, les politiques d’efficacité énergétique dans le bâtiment, la position de la nouvelle Commission dans le domaine de l’énergie et du climat, le débat parlementaire sur l’audition de M. Cañete en tant que Commissaire pour l’énergie et le climat, la crise ukrainienne et ses conséquences, le devenir de l’idée d’Union énergétique et la transposition des directives européennes dans les États membres.

Interrogé pour la deuxième fois, le public n’a majoritairement pas changé son avis initial, répondant une fois encore positivement à la question qui consistait à savoir si l’efficacité énergétique joue un rôle central dans les politiques de l’Union européenne relatives à l’énergie et au climat.

Voulez-vous approfondir les questions abordées dans notre débat? Consultez notre liste de références sélectionnées pour vous

L’efficacité énergétique, site web de la Commission européenne

La France remet son plan d’action d’efficacité énergétique à la Commission européenne, Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie

Les politiques d’efficacité énergétique en Europe, Europe Hebdo
Politique européenne en matière d’efficacité énergétique, Verts/Alliance Libre européenne

À quand la révolution énergétique?, Arte

La transition énergétique, GEO PLC

Projet de loi « transition énergétique » : enfin un cadre juridique pour le tiers-financement, Le Moniteur.fr

L’Assemblée nationale vote la transition énergétique, Le Monde