Opinion & Analysis

Comment la technologie redessine l’ordre mondial

Le rôle central des technologies dans la compétition entre grandes puissances alimente une rivalité de plus en plus intense. Autour de l’Intelligence artificielle, les grandes entreprises gagnent un pouvoir inédit qui s’impose aux États et dans la conflictualité internationale elle-même. Les États ne sont pourtant pas dépourvus de moyens de régulation. Dans la compétition internationale, l’Europe dispose de cartes particulières, qu’elle doit jouer, au profit d’une coopération internationale à réinventer.

Les grandes entreprises technologiques exercent aujourd’hui une influence considérable sur l’ordre mondial. Leur pouvoir disproportionné, dans les domaines économique, politique, informationnel et culturel, modèle les sociétés et la vie des individus. D’éminents chercheurs et analystes politiques ont qualifié ces géants technologiques de « nouveaux gouvernants », exerçant des formes de souveraineté inédites dans un monde qui n’est plus unipolaire, ni bipolaire, ni multipolaire, mais « technopolaire ».

Les entreprises technologiques poursuivent leurs propres objectifs, dans le but de maximiser leurs profits au bénéfice des actionnaires, mais elles sont aussi devenues des acteurs clés pour des gouvernements qui cherchent à stimuler la croissance et à protéger leurs intérêts géopolitiques. La croissance dépendant de plus en plus des innovations techniques et ces entreprises fournissant des technologies fondamentales pour la sécurité économique et nationale des États, les gouvernements hésitent à limiter leur pouvoir et à réaffirmer leur contrôle sur l’économie numérique.

Le rôle central des technologies modernes dans la compétition entre grandes puissances alimente une rivalité toujours plus intense, dont l’Intelligence artificielle (IA) constitue le principal champ de bataille. La Brookings Institution déclarait ainsi en 2020 que « quiconque dominerait l’Intelligence artificielle en 2030 dirigerait le monde jusqu’en 2100 ». Cette vision étant largement partagée par les entreprises technologiques et les gouvernements, l’IA est devenue l’avant-poste des guerres commerciales et technologiques qui s’intensifient entre les États-Unis et la Chine. Ces guerres ont des répercussions mondiales, nourrissant techno-protectionnisme et nationalismes économiques. […]

About the Author:

Anu Bradford is a Henry L. Moses Professor of Law and International Organization

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